FR: Résilience

11/2/2016 – Rotterdam, Pays-Bas
RÉSILIENCE (ou la capacité de remonter sur ton vélo après une chute difficile).

Je me souviens d’un dimanche après-midi chez ma grand-mère durant lequel nous avions longuement discuté de ce mot -résilience- et de sa signification pour chacun d’entre nous, chacun y allant de son petit grain de sel, selon ses expériences personnelles. Mon expérience à moi, c’est mon vélo de course bleu. Au début, j’avais un gros vélo dit “de ville”. Il était vraiment vieux, et c’était difficile pour moi de rouler (même sur du plat – sans doute qu’il n’y avait pas que le vélo qui était gros après tout). Alors comme c’était difficile, et que je n’aime vraiment pas transpirer, je prenais toujours les transports en commun. J’ai toujours aimé les transports en commun, je trouve ça fascinant de voir tous ces gens tellement différents regroupés dans un seul et même endroit dégueulasse, et j’adore imaginer la vie de ces personnes, leurs gros chagrins, leurs petits bonheurs, et tout le reste entre les deux. D’ailleurs souvent, il m’est arrivé de rater ma sortie en rêvant, mais ça, c’est une autre histoire.

Et puis un jour, j’en ai eu vraiment marre de me lever si tôt pour passer autant de temps dans un endroit aussi répugnant (le métro, donc), et puis en m’observant dans le miroir, je me suis dit que c’était peut-être bien vrai après tout.. Que c’était moi qui était grosse. Alors comme c’était juste pendant les périodes de Noël, j’ai décidé de faire bien les choses, et de m’offrir un vélo. Mais pas n’importe quel vélo, non! Un vélo de course bleu. Cette bicyclette, je l’ai vraiment beaucoup aimée. Je crois que d’une certaine manière, elle m’a prouvé que j’étais pas une si mauvaise sportive après tout, puisqu’il m’arrivait même de dépasser des hommes en roulant (chose qui ne m’arrivait jamais auparavant) qui s’empressaient d’accélérer la cadence juste après, ne supportant sans doute pas de se faire doubler par une jeune femme.

Enfin bref.. Avec le temps, mon tout nouveau vélo n’était plus si nouveau. Une des roues commençait légèrement à se dégonfler et un jour, j’ai même cassé le frein arrière. Ce jour-là n’était vraiment pas un bon jour. Il pleuvait terriblement dehors, et je me souviens être presque en retard et devoir rouler huit longs kilomètres sous la pluie. En rentrant chez moi, j’étais bien fatiguée, il faisait bien noir aussi, et il avait bien plu. Alors ce qui devait arriver arriva.. Je suis tombée.

Je ne vais pas rentrer dans tous les détails – parce que mes souvenirs sont assez troubles, d’abord, un peu douloureux, ensuite, et puis parce que je ne suis pas sûre d’avoir envie de tout partager ici. Mais après m’avoir trouvée couchée et inconsciente sur la route, on m’a emmenée à l’hôpital. Là-bas, des gentils docteurs m’ont passé toute une série d’examens. Et en regardant attentivement mon cerveau, ils y ont trouvé une petite tâche sombre. Ils n’ont pas scanné mon cœur, mais s’ils l’avaient fait, je suis pratiquement sûre qu’ils y auraient aussi détecté de l’ombre ce jour-là.

Et c’est là que la résilience intervient. Car depuis, il m’arrive toutes sortes de choses. Je me suis remise à prendre le métro. Mais maintenant, c’est moi que les gens observent. Moi et mon œil au beurre noir, avec leur regard empli de pitié et de bons sentiments qui me dégoûtent. J’ai aussi des maux bizarres, qui me rappellent cette chanson de Passenger où il dit: “Only know you’ve been high when you’re feeling low”. Le son des sirènes des ambulances m’effraient en me rappelant la noirceur de cette nuit. Et puis il y a ce vélo de course bleu devant ma porte d’entrée que je n’ose plus conduire.

Je suis certaine qu’avec le temps, tout cela changera. Que le doux chant de la vie finira par reprendre le dessus sur les cris des ambulances et que cet affreux hématome qui recouvre mon crâne se dissipera. Seulement tu vois, je m’interroge. Comment ça se fait qu’après autant de temps, tout cela me hante toujours autant? Pourquoi cette douleur lancinante à la tête ne veut pas me quitter? Et ce chagrin dans le fond de mon cœur, cette tristesse permanente? Hein? Dis-moi donc pourquoi je ne suis pas capable de remonter sur ce putain de vélo comme si de rien n’était, et de continuer ma route, sans même me retourner pour vérifier que personne ne m’a vue tomber? Parce que moi j’aimerais bien.. J’aimerais bien affronter d’autres nuits noires pluvieuses sur ma bécane, et recommencer à me croire invincible et plus forte que tout. Oh oui, j’adorerais ça! Ou encore mieux, reprendre cette bicyclette en prenant conscience de la fragilité de la vie et en la chérissant plus que tout. Ce serait pas top ça, dis-moi?

Si je partage cette histoire avec toi, c’est que je sais qu’on a tous nos petites chutes à vélo. On finit pas tous à l’hôpital – fort heureusement – mais bien souvent, ça ne nous empêche pas d’être réticents à continuer de pédaler. Alors si toi aussi tu t’es fait des petits bobos et que ça ne va pas fort bien, je voulais juste que tu saches que t’es pas tout seul. On est tous là, à tenter de remonter sur nos bécanes pourries en sifflotant tant bien que mal et figure-toi qu’un jour, on y arrivera. En attendant l’ami, je te fais un doux bisou sur le front, prends bien soin de toi!

 

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