FR: Cette semaine j’ai..

12/4/2015 – Londres, Angleterre
La chanson du moment: Jean-Jacques Goldman – Là-bas (sans rancune, c’était ça ou du Michel Fugain, je suis en plein dans ma période nostalgie-chanson française en ce moment, désolée les amis!)

Quand j’étais enfant, les dimanches, j’avais toujours mal au cœur. Et puis j’étais éprise d’une mélancolie incontrôlable, d’une tristesse irrépressible. Je ne savais pas exactement d’où cela me venait.. Pendant longtemps, j’ai cru que cela était dû à l’angoisse de la rentrée en classe.. Mais aujourd’hui, je me rends compte que cela ne fait pas grand sens, parce que j’ai toujours aimé l’école, et je n’ai jamais eu de problème majeur lié à cela. Non, aujourd’hui, je réalise en fait que ces maux n’étaient dûs qu’à l’inquiétude de quitter mon père – encore – ainsi que les dîners familiaux à Florenville, dans la maison de ma grand-mère.

Cela faisait longtemps que je n’avais plus ressenti cela. Avec le temps, j’imagine que ces peurs liées à la séparation se sont apaisées, et que j’ai appris -tant bien que mal- à m’y faire sans trop de souci. Pourtant aujourd’hui, j’ai de nouveau cette impression de vide intense en moi, et cette douleur à la poitrine. Pourquoi? Pourquoi..

Cette semaine a été bien agréable -nous avons été voir un concert de Jazz à la Crypt de St Martin avec Charlie mercredi, et puis jeudi et vendredi, nous nous sommes posé tranquillement dans un parc, à faire les cons, à parler de tout et de rien, et puis à manger trop, comme toujours. Mais elle a aussi été porteuse de grands changements pour moi, et de remises en question majeures. Parce que tout ça est un peu personnel, je n’ai pas vraiment envie d’en discuter ici -même si ça me fait plaisir de partager des bribes de ma vie avec toi, on a tous son jardin secret, pas vrai? Enfin voilà.. Comme chaque remise en question, tout cela est un peu douloureux.. Ça m’a fait me replonger dans des souvenirs que le temps avait fini par anesthésier, et puis comme à chaque fois que l’on remue trop les choses, de vieux sentiments -pas toujours très agréables- ont refait surface.

Je sais qu’à première vue, tout cela ne paraît pas très positif.. Personne n’aime se faire du mal. Mais si je t’en parle ici aujourd’hui, c’est parce que je pense que c’est important. Un jour, mon parrain m’a fait une métaphore que je ne suis pas prête d’oublier. Il m’a dit, “tu sais, Caroline.. Nous sommes un peu comme des lacs. On a tous notre lot de merde coincé au fond, qui rend notre lac carrément putride. Personne n’a envie de remuer ce fond, ni de prendre la merde en main. Mais si tu veux pouvoir nager dans ton lac tranquillement, il faudra bien s’en débarrasser de toutes ces saloperies qui pourrissent ton lac de l’intérieur, et le plus tôt sera le mieux, parce qu’avec le temps, cette vase s’enseveli toujours plus profond, et ça devient de plus en plus dur de s’en débarrasser”. Sur le moment-même, j’ai souri un peu gênée, un peu impressionnée parce que ce que je venais d’entendre, n’y croyant qu’à mi-mot. Pourtant aujourd’hui, je sais qu’il avait terriblement raison.

Cette semaine, j’ai eu le syndrome “Eureka”. Tu sais bien.. Quand tu prends conscience de quelque chose qui se trouvait juste devant ton nez, quand tu as soudain un éclair de lucidité, et que tu prends conscience de tes vérités qui dérangent. Celles qui ont toujours été là, mais que tu n’avais pas la force, la volonté ou les ressources  d’attaquer, de peur de heurter tes différents sentiments et de te faire du mal. En général, quand tu prends conscience de ce genre de choses, c’est signe que tu es enfin prêt(e) à avancer dans ta vie, à aller de l’avant.. A grandir, en soi, et à te sentir mieux.

C’est la deuxième fois que cela m’arrive depuis que je vis ici.. Et si j’écris tout cela aujourd’hui, c’est parce que je crois que ce voyage n’y est pas pour rien. Il m’a permis de prendre la distance physique, psychologique et temporelle avec tous mes petits problèmes quotidiens en Belgique, dont je ne pouvais plus sortir parce que je n’avais pas le recul nécessaire. C’est difficile de juger les choses avec clairvoyance lorsque l’on est prise dans les différents événements.. Nous avons -j’ai- souvent tendance a être bouleversés par les émotions, les événements que nous vivons, n’étant bientôt plus que focalisés dessus, et finissons par exagérer tout -souvent contre notre gré- parce que nous n’arrivons pas à prendre le retrait dont nous aurions besoin pour analyser les choses calmement. En cela, ce voyage est un véritable pansement.

Il y a aussi une autre raison à tous ces changements en moi. Lorsque j’étais en Belgique, je ne pouvais pas être moi-même. J’étais ensevelie sous les attentes, les jugements des personnes qui m’entouraient. J’étais dans ce genre de petite case tellement oppressante dont je ne pouvais plus vraiment sortir, obligée de jouer des rôles qui ne me correspondaient pas -ou plus- de mimer la vie d’une autre, de prendre des responsabilités qui ne m’appartenaient pas. Lorsque je suis arrivée ici, j’ai pris conscience que c’était comme une remise à zéro, une toute nouvelle vie.. Je pouvais être qui j’avais envie, je pouvais être moi. Tu ne peux pas savoir à quel point cela a été libérateur, de m’affranchir de ces liens de préjugés, de toute cette pression. Mieux encore, j’ai pris conscience que je n’avais plus besoin d’être qui que ce soit d’autre que moi pour plaire aux autres. Etre vraie, et embrasser ma vérité, mes convictions et mes sentiments les plus profonds me fait énormément de bien, et m’a permis de m’entourer de personnes que j’apprécie et qui me ressemblent. Le fait que je me sois super bien intégrée rapidement m’a aussi permise de me faire redonner confiance, de m’épanouir amplement, et puis -chose non négligeable- de trouver ma voie.

Maintenant que je me rends compte que bientôt arrivera l’heure du départ (plus qu’onze semaines les amis!), je redoute un peu le retour à la “normalité”. Je ne veux plus de ces satanées cases. Je ne veux plus avoir à mentir sur qui je suis pour plaire aux gens, ou pour correspondre à l’idée qu’ils se font de moi. Peut-être alors est-il temps de devenir plus vraie, et de me montrer sous mon véritable visage. Peut-être est-il temps d’apprendre à m’épanouir qu’importe les lieux et les événements, à faire ce que j’aime, m’entourer de gens que j’aime, et puis aussi apprendre à m’aimer un peu plus, un peu mieux. Peut-être est-il venu le temps du changement.

Je sais que tout cela sera difficile. Mais cela fait aussi partie de l’expérience: apprendre à se connaître est une chose, mais il me faudra maintenant apprendre à m’accepter tout à fait en me dévoilant telle que je suis aux yeux des autres. Apprendre à dompter et embrasser ma vulnérabilité dans toute sa splendeur, dans tout ce qu’elle a de plus beau. Je sais qu’il sera difficile de quitter toute ma vie pour retrouver ma vie. Il sera difficile de quitter la famille que je me suis construite pour retrouver la famille qu’il m’a été donnée. Il sera difficile de quitter mes meilleurs amis pour retrouver mes meilleurs amis. Il sera difficile de quitter ma ville, mes habitudes, pour retrouver mon autre quotidien.  Mais après tout, cela n’a pas que du mauvais, car si les aurevoirs seront durs, je sais que les retrouvailles n’en seront que plus agréables, et salvatrices.. Après tout, même si je suis contente d’avoir eu l’occasion de prendre de la distance, ma vie d’avant me manque aussi énormément. Ce n’est pas facile de se séparer de tout ce que l’on a toujours connu pour si longtemps.

Pour conclure, j’aimerais partager avec vous une vidéo que j’ai trouvé pleine de vérité et de poésie. Pour les non-anglophones, pas d’inquiétude, des sous-titres sont disponibles. La voici, la voilà: Clint Smith – The danger of silence (TED talk)

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2 thoughts on “FR: Cette semaine j’ai..

  1. Emeline Baert says:

    Première fois que je prends le temps de lire un peu tes aventures,
    tes textes sont vraiment touchants! Je trouve ça génial d’écrire comme ça au fur et à mesure de tes péripéties!

    Pleins de bisous Caro <3

    • felicidalegria says:

      oh Eme! ton commentaire me touche vraiment! ça me ferait plaisir de te revoir en rentrant, et d’avoir un peu de tes nouvelles! j’espère que tu vas bien! gros bisous <3

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